Les réseaux sociaux littéraires ou réseaux sociaux du livre (RSL)

Au milieu de la décennie 2001-2010, dans l’aspiration des réseaux sociaux émergents, comme Facebook, nous avons vu apparaître sur le Web des échanges de vues sur des œuvres culturelles relatives notamment au cinéma et à la littérature. En matière de livres, le monde anglo-saxon fut, comme souvent dans les domaines informatiques, précurseur avec d’une part le géant des librairies en ligne, Amazon, et d’autre part des sites spécifiquement dédiés à ces échanges : Librarything, Goodreads, Shelfari, Visual Bookshelf, Gurulib, etc.

À la fin de cette même décennie, le mouvement ne tarda pas à s’étendre au monde littéraire francophone avec une version française de Librarything ainsi que deux nouveaux venus purement francophones : Babelio et Libfly.

Mais que recouvre ici l’expression « échange de vues » par rapport à ces « réseaux sociaux littéraires » également appelés « réseaux sociaux du livre » (ce qui permet plus simplement, dans un cas comme dans l’autre, de les dénommer par le sigle « RSL » !) ?

Nous rencontrons depuis un certain temps déjà, sur le Web, des blogs personnels dont l’auteur critique une série d’œuvres et permet aux internautes de réagir. Certains y sont même exclusivement dédiés.

Dans cette catégorie des blogs littéraires – sans préjuger de la qualité du contenu des blogs personnels – on retrouve aussi des sites professionnels, comme < nonfiction.fr >, qui s’est concentré, comme son nom l’indique, sur les ouvrages documentaires. Ici, les critiques sont rédigées par une équipe de critiques littéraires et la dimension sociale vient à nouveau de la forme blog qui est proposée et donc de la possibilité pour tous les internautes de réagir à une critique en postant un commentaire.

Fonctionnalités et services des RSL

Les RSL vont plus loin que les blogs littéraires car les auteurs de ces sites Web ne sont pas au centre des critiques littéraires qu’ils hébergent. En effet, dans un blog littéraire, le propriétaire du site est aussi l’auteur de la critique principale d’un livre. Dans un RSL, la notion de critique principale disparaît au profit de commentaires non hiérarchisés.

Nous retrouvons souvent sur les RSL des critiques que leurs auteurs ont copiées de leur blog personnel ou, pour les RSL qui l’autorisent, des liens hypertexte vers les critiques de ces blogs.

En outre, les RSL proposent en général une série d’informations et de services qu’on ne retrouve pas sur un blog littéraire où l’internaute peut seulement consulter les critiques et poster un commentaire en réaction à un billet critique de l’auteur (ou des auteurs).

Analysons en détail les fonctionnalités rencontrées sur les RSL en distinguant les RSL autocentrés des RSL intégrés à des catalogues de librairies en ligne… ou de bibliothèques1 depuis peu.

Les trois types d’information que l’usager internaute peut généralement introduire à propos d’un ouvrage (ou mieux, d’une œuvre, si le catalogue suit un schéma de type Functional Requirements for Bibliographic Records (FRBR, spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques) sont :

  • commentaire (texte libre) ;
  • note en étoiles (d’une à cinq étoiles) ;
  • mots-clés (souvent dénommés tags ou « étiquettes » dans le jargon du Web social).

Certains RSL proposent également à l’internaute de saisir des extraits de l’œuvre.

Pour les réseaux sociaux intégrés à des catalogues de librairies/bibliothèques, il convient plus exactement de parler de fonctionnalités sociales que de véritable réseau social. Les informations qui y sont présentées à l’affichage d’une notice se limitent généralement à celles énumérées ci-dessus, avec en sus, au niveau de la consultation, l’affichage de la note moyenne du livre.

En revanche, les RSL proposent un certain nombre de services supplémentaires : consultation de critiques de professionnels (journalistes, libraires, bibliothécaires), biographies d’auteurs, entretiens audiovisuels avec des auteurs, lectures ou présentations vidéo d’œuvres, bandes-annonces de films tirés des œuvres, géolocalisation d’un livre dans les bibliothèques et les librairies, consultation de listes de titres constituées par les membres, etc.

D’autres services encore sont proposés à ceux qui se font membres du RSL en se créant un compte sur celui-ci. La plupart des membres s’inscrivent pour constituer leur « bibliothèque virtuelle » sur le réseau social. Ils gèrent ensuite cette bibliothèque en la complétant (opération très simple avec la fonction « ajouter ce livre à ma bibliothèque ») mais aussi en ajoutant commentaires, notes et étiquettes à leurs livres. À chaque livre peut être attribué un statut « lu », « actuellement en lecture » ou « à lire », avec des variantes d’un RSL à l’autre.

Un service particulièrement intéressant pour les membres de certaines communautés de lecteurs est celui qui permet à un membre de retrouver ceux proches de lui par ses goûts de lecture. Par exemple, sur Babelio, afin de pouvoir déterminer le degré de proximité de deux lecteurs, un algorithme analyse à la fois le recouvrement entre leurs bibliothèques respectives et le degré de correspondance entre les notes qu’ils ont attribuées aux titres. Ainsi, le système se base non seulement sur les lectures communes mais aussi sur la façon dont les deux lecteurs ont apprécié chacun de ces titres.

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