Un RSL dans mon catalogue ?

Philippe Diaz traitant dans un autre article de cet ouvrage3 la question des critiques au sein des catalogues de bibliothèques, ne seront abordés ici que deux problématiques qu’il ne fait qu’évoquer :

  • la masse critique des contributions ;
  • la conservation et le partage des contributions produites par les professionnels de la bibliothèque et par les membres de son catalogue 2.0.

La masse critique des contributions

La littérature sur le sujet est unanime à relever la très grande difficulté à atteindre une quantité significative de contributions d’usagers au sein d’un catalogue en ligne de bibliothèque, et ce, qu’elle soit publique ou universitaire. L’enjeu est important : il s’agit de donner à l’internaute l’image d’un catalogue de bibliothèque riche en commentaires et autres contributions des membres de la communauté (qui n’est pas nécessairement identique à celle des lecteurs inscrits à la bibliothèque !). Faute de quoi, la capacité de rétention du catalogue en sera affectée et le chaland risque fort de s’en détourner.

Sans rentrer dans une analyse fine des causes, on peut citer la difficulté pour les bibliothécaires de mener une animation efficace de la communauté ainsi que la barrière que constitue l’obligation de s’inscrire sur le site pour pouvoir y introduire des contributions. Les solutions passent par la permission aux internautes non connectés de laisser des contributions et par le recours à un ou plusieurs community managers* qualifiés (internes ou externes) ; la formation des bibliothécaires prépare en effet très peu à cette fonction actuellement.

Il y a, par ailleurs, une autre option (compatible avec les deux précédentes) pour remédier à cette difficulté d’atteindre la masse critique : l’enrichissement par des contenus externes.

Ainsi, des RSL comme Librarything, Babelio (offre « Babelthèque ») ou Libfly (du groupe Archimed) proposent dans leur offre de base l’enrichissement à la demande4 via un Webservice5. Ces fournisseurs peuvent même répondre à des demandes plus spécifiques comme la fourniture périodique de certaines de leurs données lorsqu’un service du catalogue requiert des données en dur6, pour l’affichage de nuages de mots basés sur les étiquettes, par exemple. C’est ce que propose Samarcande7, le portail de nouvelle génération des bibliothèques publiques de la partie francophone de Belgique.

Ce portail montre une autre spécificité par rapport à l’enrichissement du catalogue en contenu Web 2.0 puisqu’il affiche les commentaires agrégés des usagers de Babelio et de Libfly mais aussi ceux de ses usagers propres, selon un tri par pertinence. Une institution peut donc fort bien s’abonner à plusieurs fournisseurs de contenu Web 2.0, même si en raison d’une pratique de copier-coller de blogueurs, un certain pourcentage de commentaires se retrouve chez plusieurs RSL et librairies en ligne.

La conservation et l’accès

En ce qui concerne la conservation des contributions et l’éventuel partage de celles-ci, il existe trois types de situations : soit la bibliothèque dispose de sa propre base de données de contributions (alimentée par ses usagers et son personnel), soit elle recourt à une base de données externe pour des enrichissements à la demande de son catalogue mais elle ne les entrepose pas dans sa base, soit encore elle fonctionne selon un système mixte. Comme spécifié plus haut, il peut aussi arriver qu’une institution achète des contenus qu’elle entrepose dans sa base, cependant tous les fournisseurs n’acceptent pas de livrer les commentaires autrement qu’à la demande car ils sont parfois tenus par la charte qui les lie aux membres de leur communauté.

Pour les données introduites dans le catalogue par la communauté propre à la bibliothèque (ses bibliothécaires et les usagers de son catalogue qui ajoutent des contributions), la conservation fera partie du processus global de sauvegarde des données du catalogue. Un problème pourrait se présenter, par contre, si la bibliothèque a fait le choix de contributions saisies par sa communauté directement dans la base du fournisseur externe (via une light box 8 dans l’OPAC, par exemple). En cas de rupture de contrat avec celui-ci, les usagers du catalogue de la bibliothèque n’auront plus accès dans leur catalogue aux commentaires, notes et mots-clés auxquels ils avaient accès via un Webservice, y compris à ceux qu’ils ont eux-mêmes introduits directement dans le RSL de l’ancien partenaire !

Comme il s’agit d’un abonnement qui autorise l’accès pendant la durée du contrat, cela peut paraître normal, c’est un peu comme si on coupait l’accès au réseau téléphonique parce que la bibliothèque a résilié son abonnement. Néanmoins, n’est-il pas regrettable qu’une bibliothèque qui aurait préféré ne pas constituer une base de données de contributions dans son catalogue mais qui aurait encouragé sa communauté d’usagers et son équipe de professionnels à mettre des contributions dans la base du fournisseur n’ait même plus accès aux données qui ont été introduites par ses bibliothécaires et ses lecteurs ?

Il est donc fortement conseillé aux bibliothécaires de demander l’ajout d’une clause au contrat qui prévoit la restitution d’une copie de toutes les contributions issues des usagers et de l’équipe de la bibliothèque abonnée en cas de fin d’abonnement au service. Les fournisseurs ont en effet la possibilité technique de marquer les contributions qui ont été introduites au départ du catalogue d’une bibliothèque.

Une autre solution au problème de la pérennité de l’accès aux contributions produites par une communauté consisterait à créer une « base de données universelle » des contributions produites par les communautés d’usagers des bibliothèques et leurs équipes. Chaque institution qui le souhaite pourrait y déverser régulièrement une copie des contributions de sa communauté ou commander à un prestataire une interface de saisie qui stocke les contributions directement dans cette base.

C’est une idée qui fut lancée courant 2010 dans un billet9 paru sur le blog de Silvère Mercier, Bibliobsession, et qui aurait l’autre grand avantage de permettre à chaque bibliothèque ou institution à but non marchand, d’offrir un téléchargement gratuit de ces contributions. Il est également imaginable que les sociétés commerciales puissent y accéder moyennant paiement, ce qui pourrait peut-être contribuer au financement de la maintenance du système…

Enfin, s’il ne plane désormais plus aucun doute sur la nécessité de catalogues 2.0, la question du niveau le plus optimal de ces nouveaux contenus dans nos catalogues s’avère, elle aussi, très pertinente dans un contexte où des catalogues collectifs existent tantôt au niveau d’une communauté de communes, tantôt au niveau d’un département, tantôt au niveau d’une région, tantôt au niveau national…

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