Perspectives

Succès et évolutions

Cinq ans après son lancement, Points d’actu ! a trouvé une vitesse de croisière, et le bilan de publication est éloquent : 640 Points sur l’actualité, 15 Dossiers Repère, 753 Nouvelles sélections, 55 Points sur le Net6.

Succès et évolutions

Cinq ans après son lancement, Points d’actu ! a trouvé une vitesse de croisière, et le bilan de publication est éloquent : 640 Points sur l’actualité, 15 Dossiers Repère, 753 Nouvelles sélections, 55 Points sur le Net6. Mais surtout une moyenne de 2 000 visites quotidiennes (dont 11 % via des fils RSS). Les visiteurs ? Nous n’avons pas encore conduit d’enquête approfondie, mais disposons de quelques signes d’intérêt, notamment du côté des étudiants et des lycéens ayant à fournir un travail… ou des journalistes devant étayer leur article ! Le gros des publics nous est encore mal connu : qui sont les 154 000 visiteurs de l’article « Escherichia coli : bactérie amie ou ennemie ? », ou les 78 000 visiteurs de cet autre article « Homophobie, une violence commune » ?

Mais des voies d’amélioration se dessinent… Sur le plan des contenus, la BmL s’interroge sur l’articulation délicate au sein d’un même magazine entre des articles appuyés sur l’actualité et des critiques de livres, disques et DVD qui ne suivent de loin cette actualité. Peut-être faut-il conserver à Points d’actu ! sa vocation de réaction à l’actualité et inventer d’autres outils de connivence autour de titres particuliers (amateurs de musique, passionnés de SF…) ?

Sur le plan du pilotage, le retour à un coordinateur s’impose, qui piloterait la programmation éditoriale, animerait des conférences de rédaction, veillerait au microréférencement, et bien sûr définirait les nécessaires évolutions techniques.

Intégrer Points d’actu ! dans l’offre culturelle de la bibliothèque

Le succès et l’utilisation de ce service ne se cantonnent pas au site qui le propose en ligne. Dans la BmL, Points d’actu ! est générateur de nombre d’effets positifs et de médiations complémentaires, numériques ou non.

Ce n’est pas un service solitaire : les articles sur l’actualité renvoient systématiquement à des questions posées sur le Guichet du Savoir, comme ce dernier signale en source de ses réponses des articles de Points d’actu !. Par ailleurs, le méta catalogue de la BmL, Catalog+7, propose les articles de Points d’actu ! au même titre que les notices des livres ou les documents numérisés en réponse à des requêtes formulées en langage naturel…

Points d’actu ! entre dans les espaces de la bibliothèque : les articles, autorisant l’impression d’une version correctement mise en page, fournissent la matière de dossiers diffusés sous forme de bibliographies papier et d’accompagnement de présentoirs thématiques.

Il provoque des partenariats : ceux-ci peuvent prendre des formes multiples. L’Institut Bocuse a ainsi proposé ses services en découvrant l’article « Chocolat ! » qui vantait les talents chocolatiers de la région. Ou encore le festival Nuits de Fourvière a proposé la diffusion de biblio(disco)graphies sélectives autour de sa programmation.

Points d’actu ! favorise les talents bibliothécaires : il n’est pas superflu de souligner que la rédaction de ces articles a encouragé la capacité rédactionnelle, critique et médiatrice des bibliothécaires qui s’y sont lancés, y compris dans leur service présentiel. En outre, on a eu l’intéressante surprise de découvrir que l’exercice d’une rédaction pouvait conduire à compléter la collection par quelques acquisitions judicieuses…

Évolutions professionnelles ?

La mise en œuvre de Points d’actu ! présente sans aucun doute un processus de médiation numérique8 prometteur. Il conduit également à réfléchir à deux questions essentielles, l’exposition du bibliothécaire, et la définition de son métier.

Si les bibliothécaires qui rédigent des articles ne signent pas de leur nom, ils ne s’en exposent pas moins à de multiples titres : ils affirment une parole institutionnelle, ils sont guettés par leurs collègues et leurs proches, ils s’exposent par la publication en ligne à des réactions vives. Comme dans les réponses apportées dans le Guichet du Savoir, ils mettent à l’épreuve leur talent d’écriture, et plus encore leur capacité à intéresser : à la différence d’un service de questions réponses, ils s’engagent à proposer un regard original qui n’est fondé sur nul questionnement préalablement formulé.

Une autre interrogation est apparue de façon obsédante : les bibliothécaires n’empiétaient-ils pas sur le métier de journaliste, voire sur celui d’éditeur ? Il a d’abord fallu rassurer : non, un bibliothécaire ne devient pas un journaliste, il met en perspective les recommandations qu’il propose, celles générées par l’actualité comme les autres. Il n’a pas non plus les mêmes contraintes d’innovation permanente. Il dispose surtout de deux énormes atouts : les quantités de savoirs qu’il acquiert et traite ainsi que sa connaissance fine d’une population qu’il rencontre chaque jour.

Ce n’est pas inutile de souligner que les journalistes se posent des questions similaires. L’un d’entre eux, Narvic9, évoque la transformation du métier de journaliste, confronté à la diffusion massive des sources, de découvreur d’information mutant en médiateur vers une information préexistante, bref le passage du rédacteur d’articles au journaliste de liens. Ce faisant, le journaliste n’est-il pas proche du bibliothécaire, qui met en forme et promeut une information préexistante ? Nul doute que les pratiques professionnelles tendent à se rapprocher, comme les pratiques des bibliothécaires et des documentalistes se sont rapprochés. Les bibliothécaires ont jusqu’à présent traité des collections. Avec le numérique, ils doivent maintenant plonger dans les contenus.

Notes
1.
Article rédigé à l'été 2011. Bertrand Calenge a rejoint l'enssib en janvier 2012.
3.
[…] «  La tête bien faite que bien pleine ».
4.
« Il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d'une chose ».
6.
Au 10 juillet 2011.
8.
Silvère Mercier, blog Bibliobsession du 3 mars 2010 : « Médiation numérique = Tout dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé par une bibliothèque à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs. ». [En ligne]   : < http://www.bibliobsession.net/2010/03/03/mediation-numerique-en-bibliotheque-une-definition/ >.

 

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