Se former

L’offre de formation continue

Les organismes de formation proposent des stages prenant en considération les changements apportés par le numérique. Ils permettent aux professionnels de bloquer un temps nécessaire de formalisation et d’acquisition de connaissances qui, souvent, manque en situation professionnelle et, de manière plus informelle, facilitent les échanges d’expériences entre collègues.

Des stages sont bien identifiés autour de ces questions, mais l’offre se manifeste également dans le contenu de formations plus classiques partout où elle est nécessaire, autour de la politique documentaire par exemple :

  • avec son parcours « Impacts du numérique sur les bibliothèques : organisation, médiation, identité »5, le CNFPT propose aux directeurs d’établissements territoriaux d’adopter le point de vue organisationnel et le pilotage favorisant la mise en place de projets incluant une médiation numérique ;
  • l’enssib s’adresse également aux cadres des bibliothèques (d’État et territoriales) à travers des stages offrant à la fois réflexions et retours d’expériences sur les « services innovants » ou la « médiation numérique documentaire » mais aussi un stage plus participatif, de découverte et d’expérimentation : « Quand les bibliothèques s’approprient les outils du Web 2.0 »6.

De fait, ce sont les Centres régionaux de formation et les unités régionales de formation à l’information scientifique et technique (Urfist) qui proposent le plus de stages techniques et opérationnels pour les professionnels. On trouvera ainsi par exemple « Du bibliothécaire veilleur au bibliothécaire accompagnateur » à Médiat Rhône-Alpes, « Nouveaux outils en bibliothèque » au centre de formation aux carrières des bibliothèques (CFCB) de Toulouse, « Utiliser Netvibes pour suivre l’actualité de son domaine » à l’Urfist de Lyon7.

De façon plus sensible peut-être sur ces questions, l’efficacité de ces dispositifs dépend de l’adéquation des contenus de formation à l’usage qui pourra en être fait en situation de travail. Les interventions peuvent offrir un recul nécessaire et une formalisation bienvenue de ses propres pratiques, mais il faudra parfois au stagiaire un effort supplémentaire d’adaptation et de conversion pour l’adapter à sa situation individuelle.

Autoformations, expérimentations

D’autres modes sont possibles. L’autoformation par exemple est particulièrement répandue en ce qu’elle permet une plus grande souplesse, une meilleure adaptation des apprentissages et s’ajuste à chaque situation de travail. Elle peut résulter d’une absence de formations sur des thèmes récents et innovants mais souvent, elle est le fait d’un simple et incontournable manque de temps et de ressources. Si apprendre sur le tas par immersion ou par un jeu d’essais/erreurs reste parfois insuffisant et conduit à la transmission d’habitudes et de pratiques obsolètes, en revanche cette prise de risque semble autrement plus fonctionnelle en termes d’acquis8.

On assiste d’ailleurs à l’émergence de micro-formations substituant aux stages extérieurs un transfert de connaissances entre personnes qui ne sont pas forcément des experts ni vraiment formateurs mais qui ont le savoir-faire nécessaire, dans une logique de pair à pair. Le micro-apprentissage c'est le réseau, l'abonnement à des flux RSS, la formation par petites touches mais au quotidien, de façon continue et adaptée.

Au sein d’un même établissement, on peut rapprocher ces micro-formations des formations internes. En plus de faciliter le partage effectif des connaissances et des compétences entre collègues, elles permettent une meilleure appréhension de la médiation par les agents, d'une part la démythifiant et démontrant sa forte valeur ajoutée dans le processus documentaire, d'autre part favorisant la nécessaire implication de l’équipe pour la réussite du projet. Pour l’établissement, ce partage permet également de mettre à plat et de redistribuer les compétences disponibles au service des objectifs visés.

L'évaluation de ces systèmes, qui supposent en même temps une certaine autonomie de travail et un niveau de formation initial suffisant, repose alors dans l'évolution des pratiques professionnelles et de la dynamique d'autoformation des collègues concernés.

Un parcours d’apprentissage efficace repose sur une diversité et une complémentarité de dispositifs de formations qui répondent à des besoins et à des finalités différentes. D’où l’intérêt d’aller-retour entre des périodes d’expérimentations qui permettent de découvrir et de mieux appréhender un dispositif de médiation, et des stages extérieurs offrant le recul nécessaire et permettant la formalisation des connaissances acquises en compétences concrètes.

Pour conclure, acquérir des compétences techniques est insuffisant s’il manque une vision stratégique. De même, la médiation documentaire numérique ne se limite pas à la production de contenus intermédiaires, encore faut-il la valoriser devant le public d’une part, la tutelle d’autre part, en soulignant l’importance de cette activité et son nécessaire positionnement dans l’environnement documentaire. C’est justement ce qui rend une formation au numérique si importante car, en plus de la maîtrise de concepts, notions et pratiques pas toujours stabilisés, et potentiellement vite caduques9, elle suppose plusieurs niveaux de compréhension où une bonne connaissance des enjeux et du contexte apparaît alors comme un préalable absolu à la mise en place d’une chaîne de médiation afin d’en favoriser l’inscription dans le projet d’établissement.

Notes
2.
Patrick Conjard, Bernard Devin, La professionnalisation : agir et transmettre des compétences. Lyon, Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, 2007.
3.
Silvère Mercier, « Formations à la médiation numérique dans les bibliothèques : pourquoi et pour qui ? » in Bibliobsession. 20 janvier 2011. [En ligne] : < http://www.bibliobsession.net/2011/01/20/formationmednum/ > ?
4.
Lionel Dujol, cité dans Cécile Arènes. « Les bibliothèques à l’heure du numérique, II : le retour ! », in Liber, libri, m. : livre. [En ligne] : < http://liber-libri.blogspot.com/2011/01/les-bibliotheques-lheure-du-numerique.html >.
5.
École nationale d'application des cadres territoriaux de Nancy, Pôle de compétences bibliothèques et centres documentaires, Les impacts du numérique sur les bibliothèques : organisation, médiation, identité, Nancy, Centre national de la fonction publique territoriale, 2009. [En ligne] : < https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=1hNzcsUQhlONL_dEsTB0VZfqCZA4Kl4q6INk3COje1mOancTkAqeLRk29KY9Y&authkey=CPug7ewF&hl=en_US >.
6.
Enssib, La formation continue. Consulter le catalogue : < http://www.enssib.fr/offre-de-formation/formation-continue >.
7.
Bibdoc formations : le portail de la formation continue des métiers des bibliothèques et de la documentation. [En ligne] : < http://www.formations-bibdoc.fr/ >.
8.
Daniel Bourrion, « Apprendre à marcher », in Documentaliste - Science de l’information, 2011, vol. 18, n° 1, p. 13.
9.
Anne-Marie Bertrand, Benoît Epron, « Les ressources numériques : un nouvel enjeu pour les compétences des professionnels des bibliothèques » in Documentaliste – Sciences de l’information, 2010, vol. 47, n° 2, p. 65 sq.
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