La médiation numérique et ses contenus

Rappelons ce principe élémentaire de politique documentaire, qui s’applique tout autant aux ressources numériques que physiques : on ne sélectionne ni ne diffuse des contenus pour le simple plaisir de garnir des étagères ou d’exister sur le Web mais bien pour mettre ces contenus en relation avec des gens. En matière de médiation numérique documentaire, bien que celle-ci n’induise pas pour autant une interaction directe et systématique entre l’émetteur (le bibliothécaire) et le récepteur (l’internaute), cet élément de motivation, associé à celui de lier « la bibliothèque de briques » et « la bibliothèque de clics », est évidemment déterminant et il comporte une dimension très stratégique.

Sur le site-portail de la MIOP, considéré comme le réceptacle éditorial privilégié des ressources sélectionnées et produites par les bibliothécaires du réseau, on peut distinguer trois types de contenus et, par corrélation, trois formes de présence en ligne ou pratiques de médiation numérique documentaire : info-documentaire, prescriptive (ou de recommandation), didactique. On ajoutera à cette taxinomie une action de médiation pouvant être qualifiée de méta-documentaire, visant à faciliter l’accès de l’internaute à l’ensemble du corpus informationnel diffusé sur le portail.

La médiation info-documentaire

Le portail de la MIOP constituant le point d’entrée unique à l’ensemble des services du réseau, la fonction info-documentaire de l’outil est naturellement exploitée en continu et ce, en complément d’autres plates-formes de publication (telle que l’OPAC). On exclura néanmoins de cette catégorie les informations qualifiées habituellement de « froides »* (infos pratiques, conditions d’inscription, descriptif des services…) ainsi que celles qui s’appuient sur des ressorts plus strictement communicationnels14, même si la frontière entre ces deux notions ˗ médiation et communication ˗ est parfois difficile à tracer.

À l’instar des informations publiées à l’OPAC, qui traitent de sujets les plus divers (présentation d’un nouveau service, annonce d’une action d’animation, promotion d’un dossier documentaire numérique…), la médiation info-documentaire opérée sur le portail vise essentiellement à promouvoir les actions et services documentaires du réseau. Ce type de médiation, qui lie information et communication dans un format rédactionnel approprié (principalement celui du « billet »*15, en page d’accueil), emprunte à la fois aux techniques du journalisme (de structuration et de mise en forme de l’information) et du marketing (tendant à renforcer l’attractivité du sujet traité).

Sous une forme plus sommaire mais néanmoins très dynamique, le carrousel de la page d’accueil participe à sa manière d’une action de médiation de type info-documentaire, consistant à informer les usagers des dernières acquisitions de la médiathèque, en sélectionnant les documents les plus médiatisés, les plus attendus du « grand public ». Il ne s’agit donc pas d’une action de veille automatisée, (telle que les fils de nouveautés thématiques)16 ni d’une forme de médiation-recommandation (documentée, critique, « orientée offre ») mais d’une pratique de mise en vitrine de l’information, offrant une visibilité immédiate à des ressources exclusivement « orientées vers la demande ».

La médiation de recommandation

Dans un contexte d’inflation éditoriale et de surabondance d’informations, la médiathèque doit s’investir doublement ˗ sur site comme à distance ˗ dans sa mission traditionnelle de conseil et de recommandation. Et ce principe, qui peut requérir différents niveaux de contribution de la part du bibliothécaire, procède avant tout d’une démarche de prescription, s’appuyant sur des critères de fiabilité des sources et de qualité des contenus. Sur le portail de la MIOP, la médiation de recommandation est principalement assurée par les responsables documentaires du réseau, qui mobilisent ainsi le niveau nécessairement spécialisé de leurs savoirs17 pour promouvoir les ressources sélectionnées et ce, sous leurs formes aussi bien physiques que numériques.

Les sélections du Web18

Au-delà d’un travail de prescription raisonnée, permettant la diffusion d’une sitothèque structurée par thèmes et sous-thèmes et enrichie d’une présentation sommaire pour chacun des sites, la médiation consiste surtout à contextualiser et à disséminer ces différentes ressources dans et hors l’environnement portail. À la démarche de constitution d’une collection renouvelée de signets doit ainsi être impérativement associée, autour de ces contenus, une action systématique de communication et d’éditorialisation. C’est là une condition sine qua non de leur visibilité et donc de leur exploitation par le public ; il importe par conséquent que l’attention du bibliothécaire soit continûment orientée vers les ressources du Web19.

Les conseils20

Appelées également « critiques », « sélections » ou encore « coups de cœur », ces formes de production et de médiation de contenus, devenues désormais courantes sur les portails ou blogs des médiathèques, visent principalement à promouvoir, sans pour autant exclure l’esprit de jugement critique, des documents particulièrement « recommandables », acquis par la médiathèque. À la MIOP, la médiation de recommandation répond à un cadre éditorial idoine, garantissant à la fois l’homogénéité des formes d’édition et leur fréquence de publication. Le principe de « pyramide inversée », qui consiste à hiérarchiser l’information par niveaux de profondeur, y est notamment formellement appliqué. En page d’accueil du portail, une phrase d’accroche est ainsi accolée à la vignette du document, (au nombre de quatre, renouvelés chaque semaine), l’information critique complète étant proposée en page seconde. La médiation de recommandation consiste alors à enrichir et animer l’information par l’apport de différents éléments bibliographiques et procédés éditoriaux : extraits (écrits ou sonores), résumés, liens d’accès direct à la notice du document ou liens rebonds vers des sources complémentaires d’informations (« Voir la bande-annonce », « Pour aller plus loin », « Ce qu’ils en pensent aussi ») ainsi que de recommandations (« Si vous avez aimé, vous aimerez aussi »). Cette forme de médiation, opérée par un individu authentifié et spécialisé, procède bien d’une démarche intellectuelle, le bibliothécaire étant ainsi obligé, en quelque sorte, de « rentrer » dans les contenus. Et elle procède aussi d’une action que l’on pourrait qualifier d’ingénierie de la recommandation, soit une capacité à mettre en forme et en scène des contenus critiques dans un processus d’éditorialisation approprié. Ajoutons que ce dispositif de promotion vient bien évidemment compléter la médiation directe (orale) ou déléguée (tables de présentation et autres « têtes de gondole* »), réalisée dans les pôles par les bibliothécaires du réseau.

Les tops 5 annuels21

Autre forme de recommandation (mais non documentée), les tops 5 représentent une sélection rétrospective en fonction des meilleurs emprunts de l’année, prescrite par les différents responsables documentaires du réseau. Là encore, au-delà de la simple action de publication opérée par ces « grands électeurs », la médiation consiste à propulser les informations documentaires hors de l’environnement institutionnel du portail, en faisant notamment usage des différents médias associés, sous forme d’icônes, à chacun des tops 5.

La batterie d’icône de médias
Figure 8. La batterie d’icônes de médias.  

La médiation didactique

Si l’on interroge un sujet sur les moteurs de recherche, on est souvent frappé par le caractère à la fois redondant et fragmentaire de l’information. Pour que cette information devienne connaissance, il faut la compléter par du contenu (primaire et secondaire), la structurer, la mettre en perspective et en relation, la travailler « en creux », la questionner et la prolonger. À la différence des services de renseignement documentaire à distance qui ne procèdent pas d’une démarche de documentation approfondie, le dossier documentaire22 numérique agrège et compose les informations essentielles autour d’un sujet ou d’un thème donnés (prescrits par son auteur) ; en même temps, il invite l’internaute à sortir de ce cadre synthétique en faisant usage des multiples liens rebonds, du « Voir aussi » ou encore du « Pour aller plus loin ». À la MIOP, cette forme très élaborée de production et de médiation de contenus (que le documentaliste qualifiera de produit tertiaire*) est une composante importante de la politique documentaire de l’établissement. Elle participe d’une évolution du métier, qui ne se limite pas à l’acte d’achat de documents, fût-il intégré à un processus raisonné de politique d’acquisition et de développement de collections, mais à un ensemble plus large et diversifié d’actions documentaires, favorisant la maîtrise, par le professionnel, des contenus et des outils de publication dont il a la charge. En proposant un produit documentaire ainsi structuré (par blocs et widgets*) et éditorialisé sous forme numérique, la médiathèque affirme un peu plus sa mission première, celle de favoriser non seulement l’accès, par tous les vecteurs, à l’information et au savoir mais également leur compréhension et leur assimilation par l’usager.

Notons que cette vocation didactique caractérise plus encore les dossiers numériques servant de support pédagogique aux différents ateliers Web réalisés dans les médiathèques du réseau. La médiation numérique (objet) et la médiation sur le numérique (sujet) ainsi corrélées se complètent et se confondent.

La médiation méta-documentaire

De même que le bibliothécaire doit favoriser, dans l’espace physique des collections, les meilleures conditions d’accès, de lisibilité et de cheminement documentaire pour l’usager, il doit transposer ce principe dans le monde du numérique. Il travaillera donc tout à la fois la structuration, l’indexation et l’orientation des contenus, sans oublier de porter une attention vigilante et spécifique au cycle de vie des données numériques.

Le portail documentaire n’ayant pas qu’une fonction de circulateur mais également de réservoir, chaque contenu produit sera accompagné d’une métadonnée (tag* et catégorie) favorisant son signalement et donc son accessibilité dans le gisement documentaire que constitue la bibliothèque numérique.

À la MIOP, cette médiation méta-documentaire est partiellement assurée, en amont, par les prescripteurs-producteurs de contenus ; elle est contrôlée et éventuellement complétée, en aval, par les cadres de la Poldoc puis par le webmestre.

Pour éviter le joyeux bazar numérique et la désorientation cognitive du visiteur, ces différents acteurs font ainsi appel à des techniques et à des stratégies de médiation multiples, agissant souvent en transparence pour l’utilisateur : parcours informationnels fléchés, langages intuitifs (métadonnées), raccourcis d’accès, fenêtres contextuelles, widgets, classements thématiques, liens rebonds, etc.

De plus, à défaut de disposer d’un moteur de recherche unifiée, qui soit en capacité d’interroger automatiquement et intelligemment l’intégralité des contenus hétérogènes de la bibliothèque numérique, la MIOP a fait le choix de fédérer la recherche par l’usage intuitif d’un nuage de tags23, disponible sur toutes les pages du portail.

In fine, la médiation méta-documentaire ne doit pas être le supplément d’âme de la médiation numérique ; si l’on considère, d’une part, la propension du bibliothécaire à l’accumulation (celle-ci étant d’autant plus grande que l’espace numérique semble extensible à l’infini) et, d’autre part, les limites cognitives de l’internaute, en termes de capacités de traitement de l’information (veille, analyse, mémoire), une telle inclination pourrait s’avérer très vite contre-productive pour l’activité numérique du portail. Et dans ce cadre de l’ergonomie informationnelle, n’oublions pas également d’accorder le plus grand intérêt aux fonctionnalités graphiques de l’interface, aux techniques du design « navigationnel » à la composante visuelle, esthétique et cinétique de la médiation numérique.

 
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