Le nouveau périmètre de la politique documentaire

Même si l’objet n’est pas ici de décrire toutes les composantes d’une politique documentaire raisonnée, posons néanmoins le cadre de principe et d’analyse, en illustrant le propos de l’exemple d’un fonctionnement en réseau, celui de la MIOP2.

Considérons tout d’abord que le périmètre de la politique documentaire (Poldoc) ne se réduit plus aux seules questions d’acquisition, de conservation et d’élimination. Avec le développement des réseaux, l’évolution des pratiques de diffusion et d’accès au savoir et bien sûr l’introduction du numérique, son champ d’action s’élargit en même temps qu’il se complexifie : le concept de collection, sans pour autant être caduc, mérite d’être revisité, la question des outils (de veille, de sélection, de gestion et de publication de contenus) devient une question éminemment stratégique et les modèles d’organisation doivent s’adapter aux nouvelles logiques de travail, fondées notamment sur des principes de transversalité, de mutualisation et de gestion de projet.

Autant de réalités et d’enjeux qui nécessitent de penser la politique documentaire dans sa globalité (de la sélection à la médiation des contenus), tout en définissant clairement son périmètre d’actions, ses prérogatives, sa place dans l’organisation et l’activité de l’établissement.

Dans le réseau Ouest Provence, la politique documentaire3 est représentée par une direction à part entière, fonctionnant aux côtés de deux autres instances : la direction administrative et la direction de l’action culturelle.

La direction de la Poldoc coordonne l’activité des cinq départements4 du réseau ainsi que celle du circuit technique du document. Ce cadre de fonctionnement permet de mettre en cohérence et en synergie l’ensemble des éléments qui fondent la politique documentaire de l’établissement et qui peuvent concourir à un développement à la fois raisonné et dynamique de son activité.

La sélection subordonnée à la médiation

Parmi ces éléments, retenons en particulier la nécessité de lier, sinon de subordonner, la fonction de sélection de contenus (physiques ou numériques) à l’activité de médiation. Opéré en amont de la chaîne documentaire, le travail de sélection n’a en effet de sens et d’efficacité que s’il vient non seulement compléter intelligemment les ressources existantes mais aussi s’inscrire dans un processus dynamique d’action médiatrice.

La production de contenus numériques, dont on détaillera plus loin les caractéristiques et les prolongements, n’échappe évidemment pas, lui aussi, à ce principe de bon sens.

Penser la politique documentaire dans sa totalité, c’est ainsi créer un rapport de corrélation et d’influence à la fois structurant et circulant entre les différents éléments qui la composent. Avec le développement des ressources numériques, le risque est pourtant grand de créer à nouveau (comme ce fut le cas notamment avec la sectorisation par supports) des réalités distinctes, de désolidariser la bibliothèque physique de la bibliothèque virtuelle. On évitera par conséquent d’assigner spécifiquement à un bibliothécaire ou à un service la « chose numérique » et on écartera évidemment tout projet de développement de collection et de médiation info-documentaire qui ne prendrait pas en compte, dans le domaine considéré, l’ensemble du savoir diffusé en ligne.

Avec les pôles thématiques, les médiathèques ont privilégié à raison le contenu sur le contenant, le savoir sur le support, ce qui a conduit non seulement à repenser l’organisation des collections dans l’espace mais également à répartir les responsabilités documentaires par domaines de contenu. Avec la bibliothèque numérique et la dématérialisation de l’information, cette logique s’est amplifiée et c’est désormais le principe d’hybridation des contenus qui mobilise en partie l’acte de sélection et de médiation info-documentaires.

À la MIOP, les bibliothécaires en charge d’un domaine de contenu sont ainsi désignés « responsables documentaires » et non plus seulement « acquéreurs ». Leur champ d’action et de responsabilité, qui s’opère dans un cadre à la fois vertical (celui de la direction de la politique documentaire) et transversal (sur tous types de médias et sur l’ensemble des collections du réseau) requiert donc des compétences élargies, agissant tant sur le plan intellectuel qu’instrumental. Notons que ces compétences, que nous détaillerons plus loin, font l’objet d’un suivi et d’un développement continus, assurés à la fois par le travail d’accompagnement scientifique, technique et méthodologique des cadres de la politique documentaire et par des actions plus formelles de formation en intra, centrées notamment sur les questions du numérique.

 

En somme, l’introduction du numérique ne change pas en profondeur les missions et les orientations de politique documentaire de l’établissement, mais en élargissant son périmètre d’application et en s’orientant notamment de plus en plus vers la communication (sur site et à distance) de contenus à destination des publics, elle nécessite la mise en place d’un dispositif cohérent et efficient.

 
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