Médiation documentaire et dispositifs info-communicationnels

Approches des dispositifs info-communicationnels

Le « dispositif [se définit comme la] manière dont sont disposés les pièces, les organes d’un appareil ; [ou comme étant] le mécanisme lui-même » puis la technique s’estompe au profit d’une abstraction « agencement d’éléments quelconques dans un but, un effet ». Ainsi, le dispositif désigne un « entre-deux », une figure intermédiaire cherchant à trouver une position « entre un ordre homogène et une approche rhizomatique, un espace de médiation entre liberté et contrainte, une dialectique entre réalité et imaginaire »16 qui réclame une appropriation pour un projet personnel. Ainsi, le dispositif se situe entre des concepteurs qui le pensent et des usagers qui l’utilisent. Il les contraint mais participe également à la construction de leur identité grâce à l’effort d’appropriation qu’il nécessite. C’est cette articulation qui peut amener à concevoir le dispositif comme une médiation17, en incitant les différents acteurs à développer une part d’initiative partagée, créatrice de sens. Le dispositif, en permettant cette forme de médiation, ouvre un espace particulier qui offre des possibilités d’échange et favorise ainsi la construction de sens18.

Dispositifs médiateurs de l'information

Comme nous l’avons inscrit plus haut, pour Jean Meyriat, information et connaissance sont liées, aussi « un dispositif informationnel serait, donc, un dispositif cognitif porteur d'informations dormantes, transformables en connaissances »19. Ainsi, au sein de l’activité documentaire, le dispositif est médiateur, entre le concepteur et l’usager, « une manière d'envisager l'environnement naturel ou construit de l'homme comme lieu non d'acquisition et de transmission du savoir, mais comme réseau de médiation du savoir à partir de quoi, certes, peuvent émerger des acquisitions et des transmissions »20. Au sein des SIC, les expressions « dispositif communicationnel » et « dispositif informationnel » ont été rapprochées récemment sous celle de « dispositif info-communicationnel » pour mettre en évidence l’interdépendance entre information et communication21.

Par ailleurs, pour ce qui concerne plus précisément la branche information-documentation des SIC sur laquelle nous travaillons ici, une typologie des dispositifs, au même titre que celle posée pour le document a été proposée par Viviane Couzinet : les dispositifs documentaires primaires rassemblent les documents dits de première main, documents primaires tels que les revues et les ouvrages. Les dispositifs documentaires secondaires concernent le traitement de l’information des dispositifs info-communicationnels primaires. Ainsi, « le dispositif d'information secondaire [qui a pour] mission [essentielle] la mise en visibilité des informations est donc également producteur de connaissances »22.

Un dispositif info-communicationnel permet, au travers des contraintes techniques et humaines induites, de construire des connaissances. Il est porteur de missions et d’enjeux qui, par le traitement documentaire, facilitent l’accès à l’information dans un processus de communication.

De nouvelles médiations documentaires ?

Cependant, on peut dire qu’à l’image des outils, les dispositifs « sont des moyens techniques et cognitifs, mais au-delà ils sont un processus social et culturel »23. En ce sens, ils révèlent les processus d’appropriation et d’échange que nous avons soulignés précédemment et mettent au jour des constructions humaines qui interviennent à différents stades, s’opposant ainsi à une perception de stabilité des objets porteurs d’information. Or l’information numérique est, elle aussi, perçue principalement au travers du support, le document. Comment alors l’appréhender avec ou sans médiation, si, dès son inscription, elle reste incomplète puisqu’attachée au document qui est par définition toujours en mouvement, dans une incomplétude de forme, document au sein duquel « subsiste toujours déjà un horizon d’indétermination »24 ?

C’est donc à la confluence de l’information et de la communication que les dispositifs info-communicationnels se structurent dans un objectif de médiation afin de faciliter l’appropriation de connaissances par un public spécifique. L’ambition cognitive des dispositifs est donc au cœur d’un faisceau de diffusion du savoir dans lequel la médiation documentaire prend une place déterminante.

 
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