Entretien entre Xavier Galaup et Michel Fingerhut

– février 2012

Michel Fingerhut, directeur de la Médiathèque de l'Ircam a accepté de répondre aux questions de Xavier Galaup en contrepoint à l'ouvrage. Il présente le Portail de la musique contemporaine, ses fonctionnalités et les usages identifiés. La dimension thématique de l'outil, comme les choix de structuration des données, corrobore une des lignes de force qui court dans les articles du livre. [NDE]

 

Xavier Galaup – Présentez-nous en quelques mots le portail de la musique contemporaine ?

LogoMichel Fingerhut – Le Portail de la musique contemporainehttp://www.musiquecontemporaine.fr/ > est un moteur de recherche destiné à localiser des ressources concernant le champ de la musique savante de la seconde moitié du xxe siècle et du xxie siècle disponibles chez les partenaires du projet. Pour les ressources disponibles numériquement (directement chez le partenaire ou, à défaut, dans le service d’hébergement mis en place par le Portail), l’internaute a accès, en ligne, soit à un extrait soit à la version intégrale selon les droits en vigueur.

Le terme « ressource » est aussi pris ici dans une plus large acception que « document », puisqu’il inclut aussi des informations événementielles (concerts, conférences, etc.). Si elles sont « moissonnées » (terme technique désignant la récupération de métadonnées distantes via le protocole OAI-PMH) comme les autres métadonnées et indexées en commun, elles sont aussi affichées sur la page d’accueil du site, en ce qui concerne les événements du mois à venir.

Ce portail se distingue d’un moteur de recherche généraliste par plusieurs aspects :

  1. il est thématique ;
  2. il ne référence que des ressources détenues par ses partenaires ;
  3. il en fait une indexation structurée, ce qui permet de sélectionner par exemple le type de ressource recherchée (partition, note de programme, etc.).

Outre les références externes qu’il indexe dans son moteur, il est enrichi par des contenus propres : lexique des principaux termes et concepts de la musique contemporaine, radio internet, une frise chronologique (timeline)…

 

Enfin, un service de contact permet aux internautes de poser des questions à propos des ressources référencées dans le Portail – auquel cas ils recevront en général une réponse directement de l’organisme qui détient cette ressource ; pour des questions d’un ordre plus général, la réponse provient de l’administrateur central du Portail.

 

XG – Quels sont les différents dispositifs numériques mis en œuvre pour faire découvrir la musique contemporaine ? J’aimerais que vous me parliez en particulier de la frise chronologique, des nuages de tags et de la radio.

MF – Le lexique des principaux termes et concepts de la musique contemporaine, validé par un musicologue, propose non seulement des explications mais illustre ses textes par des liens vers certaines des ressources pertinentes fournies par le Portail. On peut naviguer dans ce lexique par un index, ou alors par une carte heuristique (mind map, en anglais) décrivant les rapports sémantiques entre les concepts en question.

 

Source : < http://www.musiquecontemporaine.fr/doc/index.php/Cartographie >.

 

La radio du Portail diffuse sans interruption les documents sonores qu’il héberge – plus de 25 heures de musique en continu, consistant en extraits (pour des raisons de droits) d’une durée allant jusqu’à trois minutes d’enregistrements d’archives.

Ces extraits sont aussi disponibles via un éditeur de playlists qui permet aux partenaires d’insérer sur leurs sites des players permettant d’écouter un ou plusieurs enregistrements de leur choix.

La frise chronologique représente la période de vie des principaux compositeurs référencés par le Portail, ce qui permet de voir d’un coup d’œil antériorité et simultanéité, et d’accéder aux biographies disponibles pour ces compositeurs. Un nuage de tags les représente en faisant ressortir le nombre de références qu’ils possèdent dans le Portail, et permet d’accéder directement à ces références.

 

Nuage de tags

Source : < http://www.musiquecontemporaine.fr/doc/index.php/Principaux_compositeurs_r%C3%A9f%C3%A9renc%C3%A9s_dans_le_Portail >.

 

XG – Pourquoi avez-vous disséminé des liens vers le Portail dans les notices de Wikipédia ? Est-ce efficace ? Avez-vous disséminé des liens dans d’autres sites ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_BertrandMF – L’accès à un site Web se fait rarement par sa page d’accueil : mieux il est indexé dans les moteurs de recherche, plus cet accès peut être aléatoire et concerner n’importe laquelle de ses pages. D’où la nécessité générale d’une bonne indexation, surtout lorsqu’il s’agit de pages provenant d’une base de données, et donc concernant potentiellement le Web dit « profond ».

Le dispositif technique permet (via le mécanisme des sitemap) de référencer toutes les notices du Portail dans les moteurs généralistes, ce qui ne veut pas dire qu’ils le feront systématiquement.

Pour assurer l’accès aux ressources, il ne suffit donc pas de tenter d’indexer la totalité d’un site, mais de fournir aussi un référencement contextuel pertinent de certaines parties de ce site. C’est pourquoi j’ai choisi de référencer les enregistrements sonores des quelque 100 compositeurs les plus représentés dans le Portail dans les pages des quatre Wikipedia français, anglais, italien et espagnol consacrées à ces compositeurs. Du jour au lendemain, l’accès au Portail a crû de 20 %, en provenance directe des pages des Wikipedia en question.

 

http://www.musiquecontemporaine.fr/fr/search?disp=document&field-2=christophe+bertrand&field-4=&field-5=&field-6=&lst_type=exp_document&archiveIds[]=all&so=dd

 

Ce site est référencé aussi par ses partenaires, à divers égards : au minimum, un lien vers sa page d’accueil ; mieux : des liens conditionnels (via le mécanisme de Webservices) vers des ressources particulières, des playlists ad hoc construites à partir des contenus sonores hébergés par le Portail, etc.

Pour un mois donné, voici les principales sources d’accès au Portail : Google (42 %), Brahms (23 %), Wikipedia (13 %).

 

 

XG – Quelle est la partie du site qui fonctionne le mieux en termes de fréquentation ?

MF – Les parties du site « hors » moteur de recherche ne sont actuellement pas incluses dans les statistiques détaillées. Ce que l’on constate, c’est que les principales recherches effectuées sur le Portail concernent des (noms de) compositeurs plutôt que des titres d’œuvre, des concepts, etc.

 

XG – Quel retour avez-vous tant du point de vue des professionnels de la documentation musicale (partenaire ou autre) que des amateurs de musique ?

MF – Les retours sont globalement très positifs, des uns comme des autres. Certains partenaires expriment le constat que le Portail permet de valoriser leurs archives.

Par ailleurs, l’utilisation du formulaire de contact est constante : les usagers, professionnels ou amateurs, s’en servent pour demander des informations complémentaires de tous ordres (par exemple : comment obtenir une partition pour exécuter une œuvre ? ; où écouter une archive sonore particulière ; etc.).

XG – Qu’est-ce qui fonctionne le mieux selon vous ?

MF – La recherche libre avec possibilité de sélectionner les principaux types de ressource est probablement la partie la plus efficace du site.

 

XG – Qu’est-ce que vous aimeriez améliorer si vous aviez beaucoup d’argent et de temps ?

MF –
  1. la sémantisation de métadonnées (événements, noms, œuvres, lieux, temps, etc.), qui permettrait une contextualisation (voire un enrichissement) automatique avec des ressources internes et externes au Portail et l’inscription dans Linked Data ;
  2. l’enrichissement de la frise chronologique (timeline) avec les œuvres et leurs contextes historiques non musicaux (événements historiques, politiques, etc.), selon les préconisations d’un rapport de stage sur ce sujet réalisé il y a peu sous ma direction ;
  3. l’indexation et la recherche dans les contenus référencés – textuels (les notes de programme par exemple) mais aussi audio (recherche par similarités, par exemple) ;
  4. le rajout de protocoles (RSS, iCalendar, etc.) et de services Web permettant d’autres accès que par le Web ; développement de l’API (une interface de programmation) d’accès programmé.

 

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